Sigma BF : la beauté d’un appareil qui refuse de tout faire

Hormis les photos de l'appareil photo lui-même, et sauf indication contraire, toutes les photos présentées dans cet article sont telles qu'elles sont sorties de l'appareil.

Prêté pendant un mois par Sigma Deutschland, le Sigma BF m’a accompagné à Paris, Vienne, Munich et sur la côte Atlantique française. Photographie de rue, scènes nocturnes, architecture, voyage ou encore prises de vue de produits sous lumière continue : je l’ai confronté à des situations très différentes. Mais le BF ne se prête guère au test photographique traditionnel. Pour le comprendre, il faut d’abord accepter sa philosophie : celle d’un appareil volontairement différent, qui préfère la simplicité, le plaisir et la beauté de l’objet à l’accumulation de fonctions.

Ceci n’est pas un test comme les autres

Il faut le dire d’emblée : cet article n’est pas un test habituel.

Non pas parce que le Sigma BF échapperait à toute critique, mais parce que l’évaluer uniquement à partir d’une liste de fonctionnalités reviendrait à passer à côté de l’essentiel. Le BF n’a pas été conçu pour remporter la course au plus grand nombre de boutons, de modes personnalisables ou d’assistances électroniques. Il ne cherche pas à devenir l’appareil capable de répondre à tous les photographes, dans toutes les situations, avec tous les réglages possibles.

Si votre priorité consiste à disposer d’un boîtier qui sache absolument tout faire, avec un viseur électronique, un écran orientable, une stabilisation intégrée, plusieurs molettes configurables et une multitude de raccourcis, mieux vaut probablement se tourner vers un Sony Alpha ou un autre hybride généraliste de même nature.

Le Sigma BF poursuit un objectif différent.

Ici, c’est presque un esprit sartorial qui prévaut : le soin accordé à la matière, aux proportions, au toucher et au geste. Le BF tente d’associer la beauté d’un objet à une véritable qualité d’image, sans la complexité d’un boîtier numérique devenu, au fil des générations, une sorte de couteau suisse électronique.

On ne choisit pas un costume sur mesure parce qu’il possède davantage de poches qu’un vêtement technique. On le choisit pour sa coupe, sa matière, la façon dont il tombe et le plaisir que l’on éprouve à le porter. Le Sigma BF procède de la même logique.

Il s’adresse à l’amateur averti ou au professionnel qui souhaite photographier le monde qui l’entoure tout en prenant plaisir à manipuler un bel objet. À celui qui aime profondément la photographie, mais qui n’éprouve aucune envie particulière de photographier avec un téléphone. À celui, enfin, qui considère que l’expérience photographique commence avant même d’appuyer sur le déclencheur.

Montmartre, Paris | France - Color Profile :Teal & Orange

Un appareil qui ne laisse personne indifférent

Je n’ai jamais été aussi souvent arrêté dans la rue avec un appareil photo.

À Paris, Vienne ou Munich, les mêmes questions revenaient régulièrement :

— « Wow, c’est le BF ? Est-ce qu’il est bien ? »

Ou, de la part de passants qui ne semblaient pas particulièrement intéressés par le matériel photographique :

— « C’est superbe, c’est quoi ? Un appareil photo ? »

Les réactions venaient aussi bien de photographes connaissant déjà le modèle que de personnes simplement intriguées par cet objet métallique aux lignes inhabituelles. Le BF attire le regard sans chercher à imiter un appareil ancien et sans céder non plus aux codes parfois agressifs du matériel professionnel contemporain.

Même mon épouse, qui ne s’intéresse ni à ma photographie ni à la technologie, n’a pas résisté. Elle a répété à plusieurs reprises que le boîtier était superbe, avant de demander à l’utiliser elle-même pour prendre quelques photos. Ceux qui la connaissent comprendront à quel point cette anecdote est révélatrice : le Sigma BF ne laisse réellement pas insensible.

Disclaimer

Le boîtier utilisé pour cet article m’a été aimablement prêté pendant un mois par Sigma Deutschland.

Sigma ne m’a pas rémunéré, ne m’a imposé aucune consigne éditoriale et n’a disposé d’aucun droit de regard sur mon travail. La marque n’a pas lu cet article avant sa publication.

Un mois d’utilisation à travers l’Europe

Durant cette période, le BF m’a suivi un peu partout en Europe.

Je l’ai utilisé dans les rues de Paris, à Vienne et à Munich, mais aussi sur la côte Atlantique française. Il a photographié des scènes quotidiennes, des personnes, des paysages urbains, des architectures, des intérieurs, des ambiances nocturnes et des détails rencontrés au hasard de mes déplacements.

Je l’ai également employé dans un contexte plus contrôlé, pour de la photographie de produit sous lumière continue. L’idée n’était donc pas seulement de vérifier s’il constituait un agréable appareil de promenade, mais de voir jusqu’où cette proposition minimaliste pouvait être conduite.

Ce mois d’utilisation ne m’a pas appris que le BF pouvait remplacer tous les autres boîtiers. Il m’a plutôt confirmé qu’il n’en avait jamais eu l’intention.

Un bloc d’aluminium plutôt qu’un simple boîtier

Le Sigma BF est construit autour d’une véritable coque monobloc, usinée dans un bloc d’aluminium massif. Sigma indique qu’environ sept heures d’usinage sont nécessaires pour produire chaque châssis. Le résultat est un appareil sans jointure apparente, proposé en finition noire ou argentée, dont la sensation en main évoque davantage un objet de précision qu’un produit électronique conventionnel.

À l’intérieur prend place un capteur CMOS plein format rétroéclairé de 24,6 millions de pixels, associé à la monture L. Le boîtier mesure environ 130,1 × 72,8 × 36,8 mm et pèse 446 grammes avec sa batterie — 388 grammes pour le corps seul.

Le BF pèse donc son poids. Ou, plus exactement, il paraît étonnamment dense lorsqu’on le saisit pour la première fois. Contrairement à ce que j’ai parfois pu lire, cela ne m’a jamais réellement gêné. Je suis certes habitué à me déplacer avec des boîtiers et des objectifs moyen format, ce qui relativise probablement ma perception, mais je trouve ici que cette densité participe au plaisir d’utilisation.

Le poids est contenu, mais la sensation de solidité est très présente. Le BF n’a rien d’un appareil creux ou fragile. Avec les objectifs assortis, l’ensemble conserve une cohérence esthétique et tactile remarquable.

Trois focales I series dans le même esprit

Le prêt de Sigma Deutschland ne se limitait pas au boîtier. J’ai également pu utiliser trois focales fixes de la gamme I series en monture L : le 24 mm F2, le 35 mm F2 et le 45 mm F2.8. Trois objectifs qui prolongent parfaitement la philosophie du BF.

Tous partagent une construction métallique particulièrement soignée, un encombrement contenu et un poids raisonnable au regard de leur fabrication. Ils sont magnifiques, mais ils ne se contentent pas de l’être. Leur finition inspire immédiatement confiance et leurs commandes offrent un véritable plaisir tactile. La bague de diaphragme est précise, ferme sans être dure, avec des crans suffisamment marqués pour modifier l’ouverture sans quitter la scène des yeux.

L’ensemble constitue presque une petite garde-robe photographique : trois focales aux personnalités distinctes, mais réunies par une même qualité de fabrication et une même cohérence esthétique. Le changement d’objectif ne donne jamais l’impression de rompre l’équilibre du boîtier. Chaque optique semble avoir été dessinée pour lui.

Sur le terrain, les trois objectifs se sont montrés silencieux et rapides. Leur autofocus accompagne parfaitement celui du BF et je n’ai jamais ressenti de ralentissement notable en passant de l’un à l’autre. En photographie de rue comme pour des images de produits sous lumière continue, la mise au point s’est révélée suffisamment discrète pour ne jamais détourner l’attention du sujet.

Le 24 mm F2 : pour élargir le regard

Le Sigma 24 mm F2 DG | Contemporary est naturellement le plus large des trois. Il s’est montré particulièrement adapté à l’architecture, aux intérieurs, aux paysages urbains et aux scènes dans lesquelles je souhaitais conserver une part importante de l’environnement. Son ouverture maximale de F2 le rend également intéressant lorsque la lumière diminue.

Sa formule optique compte 13 éléments répartis en 11 groupes, avec neuf lamelles de diaphragme. Il mesure 70 × 72 mm en monture L, pèse 365 grammes et accepte des filtres de 62 mm. Sa distance minimale de mise au point est de 24,5 cm, pour un rapport de reproduction maximal de 1:6,7.

Malgré son angle de champ important, il conserve un équilibre très naturel avec le BF. Il est le plus imposant des trois, sans jamais transformer l’ensemble en système encombrant. C’est celui que j’ai spontanément privilégié pour restituer une atmosphère, inscrire un sujet dans un lieu ou travailler dans les rues étroites des villes européennes que j’ai traversées.

Le 35 mm F2 : la focale du quotidien

Le Sigma 35 mm F2 DG | Contemporary est sans doute le plus polyvalent. Sa focale permet de conserver suffisamment de contexte autour du sujet sans donner aux images l’aspect plus spectaculaire d’un grand-angle. Pour la photographie de rue, le reportage quotidien ou les scènes de voyage, il représente probablement l’association la plus évidente avec le BF.

Il repose sur une formule de 10 éléments en neuf groupes et possède un diaphragme circulaire à neuf lamelles. En monture L, il mesure 70 × 65,4 mm et pèse 325 grammes. Sa distance minimale de mise au point est de 27 cm, son rapport de reproduction maximal atteint 1:5,7 et son diamètre de filtre est de 58 mm. 

C’est une focale suffisamment large pour photographier une scène sans devoir constamment reculer, mais assez neutre pour ne pas imposer une esthétique particulière. Elle correspond parfaitement à la vocation du BF : observer, cadrer et photographier sans transformer chaque prise de vue en démonstration technique.

Le 45 mm F2.8 : le plus compact et peut-être le plus attachant

Le Sigma 45 mm F2.8 DG | Contemporary est le plus petit et le plus léger du trio. Avec ses 220 grammes et seulement 46,2 mm de longueur en monture L, il forme avec le BF un ensemble particulièrement compact. Sa focale légèrement plus courte qu’un traditionnel 50 mm offre une perspective naturelle tout en conservant un peu plus d’environnement autour du sujet.

Sa formule optique se compose de huit éléments en sept groupes. Il possède un diaphragme circulaire à sept lamelles, une distance minimale de mise au point de 24 cm et un rapport de reproduction maximal de 1:4, très utile pour les détails ou la photographie de petits objets. Son diamètre est de 64 mm et ses filtres mesurent 55 mm. Sigma a particulièrement travaillé son rendu à pleine ouverture, avec un flou progressif et relativement doux, tandis que l’image devient plus incisive lorsque l’on ferme le diaphragme. 

Sa distance minimale de mise au point et son angle de champ permettent de travailler confortablement sans les déformations d’une focale plus courte. C’est également celui que l’on oublie le plus facilement au bout du boîtier, tant son encombrement est réduit.

Le détail lumineux du capuchon aimanté

Les trois objectifs sont livrés avec un capuchon métallique aimanté, en complément d’un bouchon traditionnel en plastique. L’idée est aussi simple que lumineuse : le capuchon vient se positionner naturellement contre l’avant de l’objectif, sans qu’il soit nécessaire de pincer deux languettes ou de chercher le bon alignement. Sigma le présente d’ailleurs comme la touche finale de la gamme I series. 

Dans la pratique, ce capuchon participe pleinement au plaisir d’utilisation. Le geste est précis, le contact du métal agréable et le léger claquement produit lorsqu’il vient se mettre en place renforce la sensation de manipuler un objet particulièrement bien conçu.

Il existe néanmoins une petite limite : lorsque le pare-soleil est monté, le capuchon devient moins facile à saisir. L’espace disponible pour les doigts est réduit et il faut parfois insister davantage qu’on ne le souhaiterait pour le retirer. Rien de rédhibitoire, mais l’élégance de la solution perd alors un peu de son immédiateté.

Ce détail résume pourtant très bien la philosophie de l’ensemble. Le capuchon aimanté n’améliore ni la définition des images ni les performances de l’autofocus. Il rend simplement l’objet plus agréable à posséder et à utiliser. C’est précisément là que réapparaît l’esprit sartorial du BF : l’attention accordée à ces petits éléments qui ne sont pas indispensables, mais qui parachèvent un concept unique.

Le boîtier et les trois objectifs ne donnent pas seulement l’impression de former un système photographique cohérent. Ils constituent un ensemble pensé jusque dans sa manière d’être regardé, touché et manipulé.

SAP Garden, Munich | Germany - Color Profile : Monochrom

Trois boutons, une molette et presque rien d’autre

L’arrière du boîtier surprend par son dépouillement.

À côté de l’écran tactile se trouvent un petit moniteur d’état, une molette circulaire faisant également office de pavé directionnel, un bouton central, un bouton d’options et une commande de lecture. Le déclencheur prend place sur la partie supérieure, tandis que le bouton de mise sous tension est positionné au dos.

Les principales commandes reposent sur une technologie haptique sensible à la pression. Elles n’ont pas le débattement mécanique de touches traditionnelles, mais procurent une réponse tactile nette lorsqu’on les presse. Sigma a ainsi réduit l’interface à trois boutons principaux et une molette directionnelle, sans pour autant donner l’impression que les commandes sont imprécises ou hésitantes.

À l’usage, leur positionnement m’a semblé particulièrement réussi. Je n’ai rencontré ni déclenchements intempestifs ni commandes refusant de répondre. Les boutons sont toujours tombés naturellement sous les doigts et la réponse haptique s’est montrée constante pendant tout le mois.

Le petit écran d’état constitue, à mes yeux, l’une des meilleures idées du BF. Il indique le paramètre actuellement contrôlé par la molette, ce qui permet de conserver l’écran principal aussi dégagé que possible. Plutôt que de recouvrir l’image d’une multitude d’icônes, Sigma sépare la composition de l’information technique.

Un menu qui privilégie les cinq paramètres essentiels

Le BF n’utilise pas de traditionnelle molette PASM. À la place, Sigma donne un accès direct aux cinq éléments considérés comme essentiels : la vitesse d’obturation, l’ouverture, la sensibilité ISO, la correction d’exposition et le mode colorimétrique.

Le principe est très simple. La vitesse, l’ouverture et les ISO peuvent être placés individuellement en mode automatique ou manuel. Leur combinaison recrée naturellement les fonctionnements habituels : programme, priorité à l’ouverture, priorité à la vitesse ou exposition entièrement manuelle. Il n’est donc pas nécessaire de sélectionner préalablement un mode de prise de vue. On indique simplement à l’appareil ce que l’on souhaite contrôler et ce qu’on accepte de lui déléguer.

Le menu principal regroupe les paramètres directement liés à la prise de vue : cadence, format d’enregistrement, ratio d’image et recadrage, mode autofocus, balance des blancs, exposition et rendu colorimétrique. En vidéo viennent notamment s’ajouter la définition, la fréquence d’image et la stabilisation électronique.

Un menu d’options rassemble ensuite les réglages de comportement et d’affichage, tandis que le menu système accueille les fonctions plus administratives : gestion de la mémoire interne, informations de firmware, données de copyright, corrections optiques, date, langue ou sauvegarde des réglages. L’organisation reste courte et lisible, sans les dizaines d’onglets et de sous-pages que l’on rencontre sur certains boîtiers professionnels.

J’ai globalement beaucoup apprécié cette simplicité de fonctionnement. Une fois mes paramètres choisis, j’oubliais presque entièrement l’appareil. Dans la plupart des situations, la molette me servait à contrôler directement mon exposition, tandis que le BF gérait le reste. Cette répartition me convient parfaitement.

C’est précisément l’esprit de cet appareil : simple et beau.

Porsche 911 1973 - Color Profile: Rich

Tout ce que le BF a choisi de ne pas proposer

Cette simplicité implique naturellement des renoncements.

Le Sigma BF ne possède pas de viseur électronique. Son écran n’est pas orientable. Il ne propose aucun logement pour carte SD, aucun obturateur mécanique et aucune stabilisation mécanique du capteur pour la photographie. La stabilisation électronique intégrée concerne la vidéo ; en photo, il faut compter sur sa technique, sur une vitesse suffisante ou sur la stabilisation optique d’un éventuel objectif compatible.

Ce ne sont pas des oublis cachés au fond d’une fiche technique. Ce sont des choix structurants.

Il faut donc les accepter avant même d’envisager l’achat. Un photographe ayant besoin d’un viseur, de plusieurs supports d’enregistrement, d’une redondance immédiate des fichiers ou d’une stabilisation intégrée ne doit pas espérer transformer le BF en ce qu’il n’est pas.

Pour ma part, je ne le considérerais pas comme mon boîtier principal pour toutes mes missions professionnelles. Il lui manque certains éléments de sécurité et de polyvalence indispensables dans des contextes où l’on ne peut se permettre aucune approximation. Mais comme appareil complémentaire, comme compagnon quotidien ou comme outil destiné à retrouver une photographie plus spontanée, sa proposition devient beaucoup plus convaincante.

230 Go de mémoire, mais aucune carte SD

À la place d’un logement pour carte mémoire, le BF intègre environ 230 Go de stockage. Selon Sigma, cette capacité permet de conserver plus de 14 000 fichiers JPEG, environ 4 300 images RAW compressées sans perte ou près de deux heures et demie de vidéo dans la qualité la plus élevée. Le port USB-C sert au chargement, au transfert des fichiers et à la sauvegarde vers un support USB externe.

Ce choix oblige à modifier légèrement ses habitudes. On n’éjecte plus une carte à la fin de la journée : on connecte directement l’appareil à un ordinateur ou à un support externe. En contrepartie, je n’ai jamais eu à me demander quelle carte était installée, si elle était suffisamment rapide ou s’il restait assez de place pour poursuivre la séance.

À l’usage, le démarrage et la sortie de veille se sont révélés remarquablement rapides. Le boîtier paraît presque immédiatement disponible lorsque l’on souhaite photographier. Ce détail est essentiel pour un appareil dont la vocation consiste précisément à saisir le quotidien sans transformer chaque image en opération technique.

Une autonomie qui impose une seconde batterie

La batterie constitue néanmoins l’un des points faibles du produit.

Sigma annonce environ 260 images par charge ou près de 60 minutes d’enregistrement vidéo continu. Ces chiffres ne disent pas tout d’un usage réel, mais ils confirment une impression rapidement perceptible : le BF est relativement énergivore.

Une fois armé d’une deuxième batterie, cependant, tout se passe pour le meilleur des mondes. Je n’ai pas vécu cette autonomie comme un obstacle majeur, simplement comme un élément à anticiper. Il faut vérifier la charge avant de partir et conserver une batterie de secours à portée de main.

Je dois d’ailleurs reconnaître que j’emporte presque toujours plusieurs batteries, y compris lorsque j’utilise mes autres appareils. Le BF ne fait donc qu’appliquer plus fermement une discipline que tout photographe itinérant devrait déjà connaître.

La recharge peut s’effectuer directement dans le boîtier par USB-C. Un chargeur externe existe également en option, ce qui devient vite pertinent lorsqu’on utilise plusieurs batteries.

L’écran : le véritable point faible

Le principal défaut du Sigma BF est, à mes yeux, son écran.

Sa définition est excellente. Il s’agit d’une dalle tactile de 3,15 pouces affichant environ 2,1 millions de points, avec une couverture proche de 100 %. Dans de bonnes conditions, l’image est fine, détaillée et agréable à observer.

Le problème ne vient donc pas de sa résolution, mais de sa luminosité.

Dans un environnement très ensoleillé, l’écran ne permet pas toujours de travailler aussi confortablement qu’on le souhaiterait. Or, ces dernières semaines, le soleil était plus que présent. À Paris comme sur la côte Atlantique, j’ai régulièrement dû chercher un angle, utiliser mon corps pour créer de l’ombre ou rapprocher l’appareil afin de distinguer correctement la scène.

Je me suis toujours arrangé pour voir ce que je photographiais. Je ne peux donc pas dire que l’écran m’ait empêché de produire une image. Mais même réglée au maximum, sa luminosité ne suffit pas à rendre l’expérience réellement confortable en plein soleil.

L’absence d’articulation serait plus facile à accepter si la dalle restait parfaitement lisible sous différents angles et dans toutes les conditions de lumière. Sur ce point, le BF montre ses limites.

Pour une éventuelle deuxième génération, on pourrait imaginer un écran parfaitement intégré au dessin du boîtier, mais capable de se désolidariser légèrement du corps lorsqu’on exerce une pression sur sa surface — un peu comme le clic d’un trackpad. Il deviendrait alors orientable sans imposer en permanence une charnière visible susceptible de rompre la pureté des lignes.

Peut-être pour un Sigma BF de deuxième génération ?

Un autofocus rapide et rassurant

Pour le reste, mes critiques sont beaucoup plus limitées.

Le BF emploie un autofocus hybride combinant détection de phase et détection de contraste, avec suivi du sujet et reconnaissance des personnes ou des animaux. Sur le terrain, le système s’est montré à la fois rapide et précis.

J’ai rarement rencontré des problèmes de mise au point. Le boîtier accrochait rapidement le sujet, y compris dans des scènes de rue où il fallait cadrer et déclencher sans préparation. Il s’est également montré suffisamment fiable dans des conditions de lumière plus faibles et lors de mes photographies nocturnes.

Cette efficacité est fondamentale. Un appareil aussi minimaliste perdrait immédiatement son intérêt s’il obligeait son utilisateur à vérifier constamment le point ou à naviguer dans des options de mise au point complexes. Ici, l’autofocus participe à la philosophie générale : il fait son travail et se fait oublier.

Une qualité d’image à la hauteur de l’objet

Le capteur plein format de 24,6 millions de pixels offre un équilibre cohérent entre définition, taille des fichiers et comportement en basse lumière. Les fichiers RAW sont enregistrés au format DNG 14 bits avec compression sans perte, ce qui simplifie leur intégration dans la plupart des flux de travail.

Côté bruit numérique, le résultat m’a paru parfaitement maîtrisé dans les environnements sombres et pour les photographies de nuit. Jusqu’à environ 5 000 ISO, je n’ai rencontré aucun problème particulier dans le cadre de mon usage. Au-delà, un passage dans un logiciel tel que DxO PhotoLab permet généralement de nettoyer efficacement le fichier lorsque cela s’avère nécessaire.

Je ne cherche pas ici à établir une limite absolue. La perception du bruit dépend toujours de la scène, de l’exposition, du traitement et de la destination finale de l’image. Mais le BF n’est certainement pas un appareil que l’on doit réserver aux seules journées lumineuses. Son capteur conserve une belle souplesse lorsque la lumière diminue.

La qualité des objectifs associés participe évidemment beaucoup au résultat. Avec un ensemble cohérent, les images possèdent le niveau de détail, la profondeur et la précision que l’on attend d’un capteur plein format moderne.

Saint Palais sur Mer | France - Color Profile: Rich

Des JPEG pensés pour les écrans HDR

Un autre aspect du BF mérite d’être souligné : ses fichiers JPEG prennent en charge l’affichage HDR à l’aide d’une HDR Gain Map. Le principe consiste à associer à l’image une carte supplémentaire indiquant aux appareils compatibles comment étendre sa luminosité et sa dynamique. Sigma confirme officiellement la compatibilité HDR Gain Map des JPEG produits par le BF. 

Sur un écran ou dans une application compatible, les hautes lumières peuvent ainsi être reproduites avec une intensité supérieure à celle d’un affichage SDR traditionnel. Il ne s’agit pas simplement d’augmenter artificiellement le contraste de toute l’image : les zones lumineuses disposent réellement de davantage de marge d’affichage, ce qui donne plus d’éclat aux reflets, aux sources de lumière, aux ciels ou aux scènes nocturnes.

L’effet est particulièrement visible lorsque les images sont consultées sur un appareil récent disposant d’un écran HDR (par exemple un iPhone compatible). Les photographies semblent alors plus lumineuses et plus vivantes, avec une dynamique visuelle que leur affichage sur un moniteur SDR ne peut pas entièrement restituer. Apple prend en charge les images HDR reposant sur une gain map dans ses technologies d’affichage, sous réserve que l’appareil et l’application utilisés sachent interpréter ces données. 

Cette compatibilité ne compromet pas pour autant la lecture traditionnelle du fichier. Sur un écran ou dans un logiciel ne prenant pas en charge le HDR, le JPEG conserve un affichage conventionnel. La gain map agit donc comme une couche supplémentaire : elle enrichit l’expérience sur le matériel compatible sans rendre l’image inutilisable ailleurs.

Ce choix est particulièrement cohérent avec la philosophie du BF. Le boîtier simplifie la prise de vue, mais ne renonce pas pour autant aux technologies contemporaines susceptibles d’améliorer directement l’expérience visuelle. Les JPEG sortis du boîtier ne servent donc pas uniquement d’aperçus rapides ou de fichiers destinés aux réseaux sociaux. Sur le bon écran, ils révèlent une dimension supplémentaire de l’image.

Les modes colorimétriques comme prolongement de l’expérience

Le BF propose treize modes colorimétriques, des rendus relativement neutres aux interprétations plus marquées : Standard, Rich, Calm, Powder Blue, Warm Gold, Teal and Orange, FOV Classic Blue, FOV Classic Yellow, Forest Green, Sunset Red, Cinema, 709 Look et Monochrome.

Ces modes ne sont pas relégués au fond d’un menu. Sigma les place au même niveau que la vitesse, l’ouverture, les ISO et la correction d’exposition. Ce positionnement en dit long sur la conception du BF : le rendu final fait partie de la prise de vue, et non d’une opération nécessairement repoussée à la postproduction.

On peut naturellement travailler en RAW et conserver toute sa latitude de traitement. Mais le boîtier invite aussi à choisir une intention colorimétrique dès la prise de vue, puis à accepter cette décision. Là encore, il cherche moins à multiplier les possibilités qu’à favoriser une relation directe avec l’image.

Pas un boîtier principal, mais un véritable appareil de photographe

Le Sigma BF n’est clairement pas destiné à devenir mon boîtier principal.

Son absence de viseur, son écran difficile à lire en plein soleil, son autonomie limitée et certains choix radicaux réduisent sa polyvalence. Pour un long reportage professionnel, une séance nécessitant une redondance immédiate des fichiers ou un travail très technique, je continuerais à privilégier un système plus conventionnel.

Mais juger le BF uniquement à partir de ce qu’il ne fait pas serait injuste.

Ce petit bijou gagne son pari : faire de la photographie un moment de plaisir aussi bien visuel que tactile. Il donne envie de sortir, d’observer et de déclencher. Il ne transforme pas chaque photographie en démonstration technologique et ne demande pas à son utilisateur de passer une soirée entière à personnaliser des dizaines de fonctions.

Il suffit de choisir ses paramètres, de laisser l’appareil gérer ce qu’on lui a confié et de regarder le monde.

Le Sigma BF ne cherche pas à être le meilleur appareil pour tout le monde. Il tente d’être un appareil particulièrement désirable pour certains photographes. Ceux qui veulent une machine universelle lui reprocheront légitimement ses absences. Ceux qui aiment les objets singuliers, la simplicité assumée et le plaisir physique de photographier pourraient, au contraire, lui pardonner beaucoup.

Associé aux 24 mm, 35 mm et 45 mm de la gamme I series, le BF forme un ensemble d’une cohérence rare. De la bague de diaphragme au capuchon métallique aimanté, chaque détail rappelle que Sigma n’a pas seulement cherché à concevoir un appareil et des objectifs performants, mais des objets que l’on prend plaisir à regarder, à toucher et, surtout, à utiliser.

Après un mois passé à ses côtés, de Paris à Vienne, de Munich à la côte Atlantique, je retiens surtout ceci : rares sont les appareils qui donnent autant envie d’être pris en main.

Color Profile: Rich

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